# Comment réagir face à un bébé qui tape ?
Les petites mains de votre enfant s’abattent sur votre visage, sur ses camarades de jeu ou sur sa fratrie. Ce geste, aussi déstabilisant soit-il pour vous en tant que parent, constitue une étape fréquente du développement infantile. Entre 12 et 36 mois, environ 70% des enfants manifestent des comportements agressifs tels que frapper, mordre ou griffer. Cette réalité, loin d’être anecdotique, interroge profondément sur la meilleure manière d’accompagner son enfant sans le blesser psychologiquement tout en posant des limites claires. La violence physique d’un tout-petit n’exprime ni méchanceté ni volonté de nuire, mais révèle plutôt une immaturité neurologique et une incapacité temporaire à réguler ses émotions intenses. Comprendre les mécanismes sous-jacents à ces comportements permet d’adopter une posture éducative à la fois ferme et bienveillante, essentielle pour construire les fondations d’une régulation émotionnelle saine.
Comprendre le comportement de frappe chez l’enfant de 12 à 36 mois
Le comportement agressif chez le jeune enfant trouve ses racines dans des processus développementaux complexes qui méritent une analyse approfondie. Avant d’envisager toute stratégie éducative, il est fondamental de saisir pourquoi votre enfant agit ainsi. Cette compréhension transforme radicalement la perception que vous avez de ses gestes et vous permet d’adopter une attitude adaptée, loin des réactions impulsives ou des punitions contre-productives.
Le développement neurologique et la maturation du cortex préfrontal
Le cerveau humain se compose de trois structures principales aux fonctions distinctes : le cerveau reptilien responsable des réflexes de survie, le système limbique qui gère les émotions, et le cortex préfrontal qui assure la régulation, la planification et le contrôle des impulsions. Chez un enfant de moins de trois ans, cette dernière structure demeure largement immature. En effet, le cortex préfrontal ne commence véritablement sa maturation qu’autour de 5 ans et ne s’achève qu’à l’âge adulte, vers 25 ans environ. Cette donnée neurobiologique explique pourquoi votre enfant ne peut littéralement pas contrôler ses pulsions comme le ferait un adulte.
Lorsqu’une émotion intense submerge votre tout-petit, son cerveau émotionnel prend le contrôle. Sans la capacité de modération qu’offre un cortex préfrontal mature, il réagit de manière instinctive et impulsive. Les connexions neuronales entre le système limbique et le cortex préfrontal, essentielles pour réguler les émotions, se développent progressivement grâce aux expériences répétées et à l’accompagnement bienveillant des adultes. Chaque interaction constitue une opportunité de renforcer ces circuits neuronaux, à condition que l’environnement soit suffisamment sécurisant et chaleureux.
L’expression de la frustration selon la théorie de piaget
Jean Piaget, psychologue suisse pionnier dans l’étude du développement cognitif, a démontré que les enfants de cet âge se situent dans la phase sensori-motrice puis au début de la phase préopératoire. Durant cette période, leur pensée reste centrée sur eux-mêmes (égocentrisme naturel) et leur capacité à se décentrer, à comprendre le point de vue d’autrui, demeure limitée. Votre enfant perçoit le monde uniquement à travers ses propres
besoins, désirs et sensations. Ainsi, lorsqu’un jouet lui est retiré ou qu’une activité s’interrompt brusquement, il vit cette situation comme une injustice absolue, sans pouvoir relativiser ni anticiper une future satisfaction. La frustration, encore mal comprise et mal tolérée, s’exprime alors par le corps : cris, larmes, coups, morsures. Dans la perspective de Piaget, frapper est donc moins un “mauvais comportement” qu’un langage d’actions, un moyen primaire de dire : “Je ne comprends pas, je n’aime pas ce qui se passe”.
Progressivement, à mesure que le langage se développe et que la capacité symbolique émerge, l’enfant commence à pouvoir représenter ce qu’il ressent plutôt que de le décharger uniquement par des gestes. Votre rôle, en tant qu’adulte, est précisément d’accompagner cette transition : mettre des mots sur ses émotions, traduire sa frustration (“Tu es très en colère parce que tu voulais encore jouer”) et lui proposer des alternatives (“Tu peux le dire avec ta bouche, pas avec tes mains”). Plus vous offrez cette “traduction” patiente, plus vous aidez son cerveau à basculer du tout-pulsionnel vers l’expression verbale.
La phase d’opposition et le testing des limites comportementales
Entre 18 mois et 3 ans, de nombreux enfants traversent ce que l’on appelle communément la “phase d’opposition”. Sur le plan développemental, il s’agit d’une période essentielle d’affirmation de soi, où l’enfant découvre le pouvoir du “non” et cherche à se différencier psychiquement de ses parents. Dire non, refuser, taper ou jeter un objet n’est pas uniquement de la provocation : c’est aussi une manière de vérifier qu’il existe comme individu séparé, avec ses propres désirs.
Dans ce contexte, frapper peut devenir un outil de “testing des limites”. L’enfant expérimente : “Que se passe-t-il si je tape maman ? Si je tape mon copain ? Est-ce que la règle est la même à la maison, chez la nounou, chez les grands-parents ?” Un peu comme un scientifique en herbe, il observe vos réactions, compare, ajuste. Si les réponses des adultes sont variables, confuses ou incohérentes, il sera tenté de tester encore plus fort et plus souvent, non par malice, mais pour clarifier le cadre.
C’est pourquoi la constance de votre attitude est cruciale : un message simple, répété, identique d’un jour à l’autre (“On ne tape pas, ça fait mal”) offre un repère sécurisant. À l’inverse, rire une fois, s’emporter violemment une autre fois, ignorer le geste la troisième brouille le message. L’objectif n’est pas d’écraser sa volonté, mais de lui montrer que son besoin d’autonomie peut s’exprimer autrement que par des coups : choisir entre deux options, dire “non” avec des mots, s’éloigner quand il est en colère.
Le rôle des neurones miroirs dans l’imitation des gestes agressifs
Les recherches en neurosciences ont mis en évidence l’existence des neurones miroirs, un réseau de cellules cérébrales qui s’active aussi bien lorsque nous effectuons une action que lorsque nous observons quelqu’un d’autre la réaliser. Chez le jeune enfant, ce système est particulièrement actif et explique en grande partie pourquoi il imite les comportements qu’il voit, qu’ils soient doux… ou agressifs. Si un enfant observe fréquemment des gestes brusques, des tapes “pour rire” ou des conflits physiques, il a plus de chances de reproduire ces comportements.
Concrètement, cela signifie que votre façon de gérer les tensions au quotidien a un impact direct sur la manière dont votre bébé apprendra à réguler les siennes. Un parent qui, sous la colère, attrape un bras de façon dure, donne une tape sur la main ou claque une porte fournit malgré lui un modèle de résolution violente. À l’inverse, respirer profondément, verbaliser son agacement (“Je suis très en colère, je vais respirer pour me calmer”) et proposer une solution pacifique offrent au cerveau de l’enfant un script interne plus apaisant.
On peut comparer les neurones miroirs à une sorte de “caméra intérieure” qui enregistre les scènes de la vie quotidienne pour les rejouer ensuite. Votre bébé ne copie pas seulement ce que vous lui dites, mais surtout ce que vous faites. C’est pourquoi, même si cela demande un effort, incarner le comportement que vous attendez de lui (“Je parle sans crier, je n’utilise pas mes mains pour faire mal”) est l’un des leviers les plus puissants pour diminuer les gestes de frappe à long terme.
Identifier les déclencheurs spécifiques des comportements de frappe
Comprendre le développement global de l’enfant est une première étape, mais il est tout aussi important d’identifier ce qui, dans le quotidien, déclenche concrètement les coups. Pourquoi votre bébé semble-t-il frapper davantage en fin de journée ? Pourquoi s’en prend-il plus souvent à vous qu’à l’autre parent ou à la nounou ? En observant ces schémas, vous pourrez passer d’une réaction “au coup par coup” à une véritable prévention des situations à risque.
Les comportements de frappe chez le bébé sont rarement aléatoires. Ils surviennent souvent à la croisée de plusieurs facteurs : fatigue, faim, environnement bruyant, frustration soudaine, séparation difficile, changement de routine… Repérer ces éléments déclencheurs vous permettra d’ajuster l’organisation familiale, d’anticiper les moments sensibles et de proposer à votre enfant des outils adaptés pour exprimer ce qu’il ressent autrement que par la violence.
La surstimulation sensorielle et la dysrégulation émotionnelle
Les tout-petits sont extrêmement sensibles à leur environnement sensoriel. Un salon avec la télévision allumée, des jouets sonores, plusieurs adultes qui parlent fort, une lumière vive : pour un cerveau encore immature, cet ensemble peut rapidement devenir écrasant. La surstimulation sensorielle entraîne une augmentation du niveau de stress, et le système nerveux de l’enfant, débordé, réagit souvent par des comportements explosifs : cris, agitation motrice, frappes.
On peut comparer le système sensoriel de votre bébé à un gobelet très petit : il se remplit vite. Une fois plein, la moindre goutte supplémentaire déborde sous forme de crise ou de gestes brusques. Si vous remarquez que votre enfant tape davantage dans les environnements bruyants (fêtes de famille, centre commercial, fin de journée à la crèche), il est probable que son “gobelet sensoriel” soit saturé. Dans ce cas, ce n’est pas tant le “mauvais caractère” qui est en cause que la dysrégulation émotionnelle liée au trop-plein de stimulations.
Pour limiter ces coups liés à la surstimulation, vous pouvez proposer des temps de pause sensorielle : se retirer quelques minutes dans une pièce plus calme, tamiser la lumière, couper les écrans, offrir un câlin enveloppant ou un coin lecture cosy. Ces micro-espaces de décompression permettent au système nerveux de l’enfant de redescendre en intensité et diminuent significativement les comportements agressifs liés à la surcharge.
Les besoins non satisfaits selon la pyramide de maslow adaptée
La pyramide de Maslow, bien connue en psychologie, rappelle que certains besoins doivent être satisfaits avant que d’autres puissent l’être. Adaptée au jeune enfant, elle nous invite à vérifier, face à un geste de frappe, si ses besoins fondamentaux sont comblés : besoins physiologiques (faim, soif, sommeil, confort physique), besoin de sécurité (routine stable, adulte rassurant), besoin d’attachement (câlins, présence disponible) puis besoins d’autonomie et de jeu.
Un bébé qui a faim depuis un moment, qui a trop chaud ou froid, ou dont la couche est inconfortable voit son seuil de tolérance à la frustration chuter. Dans cet état, la moindre contrariété peut déclencher une réaction violente. De même, un enfant qui se sent mis de côté, peu regardé, ou qui manque de moments de qualité avec ses parents, peut utiliser les coups comme “raccourci” pour obtenir une attention immédiate, même si elle est négative.
Avant de vous focaliser sur le geste lui-même, posez-vous une série de questions simples : “A-t-il bien mangé ? A-t-il assez dormi ? A-t-il eu un moment de jeu en tête-à-tête avec moi aujourd’hui ? Sa routine a-t-elle été bousculée ?” En répondant à ces besoins de base, vous réduisez considérablement le terrain sur lequel fleurissent les comportements agressifs. Cela ne les supprimera pas totalement, car ils font partie du développement, mais ils deviendront moins fréquents et moins intenses.
La fatigue et les perturbations du rythme circadien
La fatigue est l’un des déclencheurs les plus fréquents des coups chez les bébés et les jeunes enfants. Leur rythme circadien, c’est-à-dire l’alternance veille-sommeil régulée par l’horloge biologique, est encore fragile. Un coucher trop tardif, des siestes écourtées, un changement d’heure, un voyage ou plusieurs nuits agitées peuvent suffire à dégrader leur capacité d’auto-contrôle. Un enfant reposé tolère mieux les frustrations ; un enfant épuisé explose à la moindre contrariété.
Vous avez peut-être remarqué que les scènes de frappe se concentrent souvent en “zone rouge” : fin de journée, sortie de crèche, juste avant le dîner. À ce moment-là, le réservoir d’énergie est vide, et le cortex préfrontal, déjà immature, fonctionne encore plus au ralenti. La colère ou la tristesse débordent alors sans filtre, et les mains partent plus facilement. Il ne s’agit pas d’un manque de bonne volonté de votre part ou de la sienne, mais d’un paramètre biologique incontournable.
Travailler sur l’hygiène du sommeil fait donc partie intégrante de la gestion d’un bébé qui tape. Cela peut passer par des routines du soir prévisibles, des siestes respectées autant que possible, une limitation des écrans en fin de journée et un environnement propice à l’endormissement. Plus le rythme veille-sommeil est stable, plus votre enfant disposera de ressources internes pour gérer ses émotions sans passer systématiquement par la frappe.
Les transitions difficiles et l’anxiété de séparation
Les changements de contexte, même anodins pour un adulte, représentent souvent des défis majeurs pour un tout-petit. Passer du parc à la maison, quitter les bras de maman pour aller chez la nounou, ranger les jouets pour aller au bain : toutes ces transitions impliquent de renoncer à une activité plaisante ou à une présence rassurante. Si elles ne sont pas accompagnées, elles peuvent générer colère, angoisse et, par ricochet, comportements de frappe.
L’anxiété de séparation, particulièrement marquée entre 8 et 24 mois, amplifie ce phénomène. L’enfant ne comprend pas encore que la personne qui s’éloigne va revenir ; son sentiment de sécurité vacille et il peut réagir de façon intense : agripper, mordre, taper. Le coup n’est pas dirigé contre vous en tant que personne, mais contre la sensation intenable de perte et d’impuissance qu’il traverse.
Pour rendre ces transitions plus douces, il est utile de les anticiper et de les ritualiser. Prévenir quelques minutes avant (“Dans deux minutes, on va ranger les jouets et aller au bain”), utiliser un petit sablier ou une comptine de transition, proposer un objet de réconfort lors des séparations (doudou, foulard portant votre odeur) sont autant de moyens de réduire la montée en tension. En donnant à l’enfant des repères stables, vous diminuez la probabilité qu’il ait recours aux coups pour exprimer son désarroi.
Techniques de redirection comportementale inspirées de la méthode montessori
Une fois que l’on a compris pourquoi un bébé tape, la question devient : “Que faire, concrètement, sur le moment ?” Les approches éducatives inspirées de Montessori, de la communication non violente et de la parentalité positive proposent des outils concrets pour rediriger le comportement sans humilier l’enfant ni banaliser la violence. L’idée n’est pas de laisser tout passer, mais de poser un cadre clair tout en respectant la dignité et le rythme émotionnel du tout-petit.
Ces techniques de redirection ne fonctionnent pas comme une baguette magique immédiate, mais plutôt comme un entraînement répétitif, comparable à l’apprentissage de la marche. À force de répétition, toujours avec les mêmes mots simples et les mêmes gestes cohérents, l’enfant intériorise progressivement les règles : “Mes mains ne servent pas à taper”, “Je peux dire non autrement”, “Quand je suis en colère, un adulte m’aide à me calmer”.
La communication non violente selon marshall rosenberg
La communication non violente (CNV), développée par Marshall Rosenberg, repose sur quatre étapes : l’observation, l’expression du ressenti, la formulation du besoin et la demande concrète. Adapter cette démarche à un bébé qui tape permet d’éviter les jugements (“Tu es méchant”) au profit d’un langage descriptif et empathique. Plutôt que de crier “Arrête immédiatement !”, vous pouvez dire : “Tu m’as tapée (observation), je suis blessée et surprise (émotion), j’ai besoin de douceur (besoin), alors je vais tenir tes mains, on ne tape pas (demande/limite).”
Bien sûr, votre enfant de 18 mois ne comprendra pas encore toute la subtilité de ces phrases, mais il en percevra le ton, la cohérence et la répétition. En parlant ainsi, vous lui montrez qu’il est possible d’exprimer ce que l’on ressent sans agresser l’autre. Vous l’aidez aussi à prendre conscience de l’impact de son geste : “Regarde, ton copain pleure, ça lui a fait mal. On va l’aider à se sentir mieux.” Petit à petit, ce langage nourrit ses futures compétences d’empathie.
La CNV vous invite également à entendre le besoin derrière le coup. Plutôt que de rester focalisé sur la sanction, vous pouvez vous demander : “De quoi avait-il besoin à ce moment-là ? De repos ? D’attention ? De sentir qu’il a un peu de pouvoir sur ce qui lui arrive ?” Cette posture intérieure, même si vous ne la verbalisez pas toujours, modifie votre manière de réagir : vous devenez à la fois le gardien du cadre (“On ne tape pas”) et l’allié de votre enfant pour trouver d’autres moyens d’exprimer ce qu’il vit.
L’approche de parentalité positive de jane nelsen
Jane Nelsen, fondatrice de la “Discipline Positive”, propose une approche qui conjugue fermeté et bienveillance. Loin du laxisme comme de l’autoritarisme, elle invite à poser des limites claires tout en respectant l’enfant. Face à un bébé qui frappe, la parentalité positive suggère de se placer physiquement à sa hauteur, d’attraper doucement ses mains pour stopper le geste, puis de formuler une règle simple : “Je t’aime beaucoup, et justement, je ne te laisserai pas taper.”
Ce type de phrase envoie un double message puissant : l’amour est inconditionnel, mais certains comportements ne sont pas acceptables. Cela évite à l’enfant de se sentir “mauvais” tout en intégrant que la violence a des conséquences. Dans la lignée de Jane Nelsen, on cherche aussi à impliquer l’enfant dans la recherche de solutions, même très simples en fonction de son âge : “Quand tu es en colère, tu peux taper dans le coussin, venir me voir pour un câlin, ou dire ‘non’ fort avec ta bouche.”
Cette approche met l’accent sur l’apprentissage plutôt que sur la punition. À chaque épisode de frappe, vous vous demandez : “Qu’est-ce que mon enfant peut apprendre de cette situation ? Qu’est-ce que je peux lui montrer d’utile pour la prochaine fois ?” Cette perspective réduit la tentation de sur-réagir ou d’humilier et favorise un climat de coopération à long terme.
La validation émotionnelle et le langage descriptif
Valider l’émotion de votre enfant ne revient pas à cautionner son geste. Il s’agit de reconnaître ce qu’il ressent, tout en posant des limites fermes sur la manière dont il l’exprime. Une structure de phrase simple peut vous guider : “Tu es très en colère parce que… (validation), et en même temps, je ne peux pas te laisser taper (limite). Tes mains servent à caresser / à jouer.” Ce type de formulation aide l’enfant à distinguer sa valeur personnelle de son comportement.
Le langage descriptif, quant à lui, consiste à décrire ce que vous voyez plutôt qu’à juger. Au lieu de “Tu es insupportable”, vous pouvez dire : “Je vois que tes mains frappent très fort, ton visage est tout rouge, tu cries beaucoup. Tu es très en colère.” Cette “mise en mots” agit comme un miroir apaisant pour le cerveau de l’enfant, qui se sent compris. Paradoxalement, c’est souvent lorsque l’émotion est reconnue qu’elle peut diminuer d’intensité.
On peut comparer la validation émotionnelle à un contenant solide : plus vous offrez un cadre verbal clair et empathique, plus l’émotion de l’enfant peut se déverser sans inonder tout le monde. À terme, ce vocabulaire deviendra le sien : il apprendra à dire “Je suis fâché” plutôt que de frapper, ce qui constitue un progrès majeur dans la gestion de ses frustrations.
Le time-in versus time-out dans la régulation comportementale
Traditionnellement, de nombreux parents ont recours au time-out, ou “mise au coin”, pour réagir à un comportement inacceptable. S’il peut, dans certains contextes et à un âge plus avancé, offrir une pause utile, il est souvent mal compris et mal adapté aux tout-petits. Un bébé de 18 ou 24 mois isolé seul après avoir frappé risque surtout de vivre un sentiment d’abandon et de honte, sans réellement faire le lien entre son geste et la conséquence.
L’approche moderne de la petite enfance privilégie le time-in : au lieu d’exclure l’enfant, on reste avec lui pour l’aider à traverser sa tempête émotionnelle. Concrètement, cela peut consister à s’asseoir avec lui dans un coin calme, à le prendre dans les bras s’il l’accepte, ou simplement à rester à proximité en lui disant : “Je suis là, tu es très en colère, on va attendre que ça passe. Je ne te laisserai pas taper.” Cette présence contenante permet à son système nerveux de se réguler grâce à la vôtre.
Cela ne signifie pas que rien ne se passe en termes de limites : vous stoppez physiquement le geste, vous rappelez la règle, vous proposez éventuellement une réparation (“Tu veux faire un bisou ou souffler sur la main de papa pour réparer ?”). La différence majeure réside dans le message implicite : “Tu as fait quelque chose de non acceptable, mais tu n’es pas exclu de la relation pour autant. Je t’aide à faire mieux.” À long terme, cette approche favorise la sécurité affective, indispensable pour que les comportements agressifs diminuent.
Stratégies préventives basées sur l’analyse comportementale appliquée (ABA)
L’analyse comportementale appliquée (ABA) s’intéresse aux liens entre l’antécédent (ce qui se passe avant le comportement), le comportement lui-même et la conséquence (ce qui suit). Sans entrer dans un protocole thérapeutique, vous pouvez vous inspirer de cette logique pour mieux prévenir les comportements de frappe de votre bébé. Plutôt que d’attendre l’explosion, il s’agit d’observer les signaux avant-coureurs et d’ajuster l’environnement.
Par exemple, si vous remarquez que votre enfant tape presque systématiquement lorsqu’un autre enfant s’approche de son jouet préféré, l’antécédent est clair : intrusion perçue dans son espace. Vous pouvez alors intervenir avant le coup en verbalisant (“Tu n’as pas envie de partager pour l’instant, on va mettre ce jouet de côté”) ou en proposant un double de l’objet. La conséquence, elle aussi, doit être réfléchie : si chaque coup lui apporte un jouet, une attention intense ou une sortie immédiate de la situation désagréable, le comportement risque d’être renforcé sans que vous le souhaitiez.
Dans une perspective préventive, l’ABA invite à renforcer les comportements alternatifs positifs. Chaque fois que votre enfant exprime sa frustration sans frapper (en pleurant, en disant “non”, en venant vers vous), vous pouvez le souligner : “Tu étais fâché et tu es venu me voir au lieu de taper, bravo, je t’aide.” Ce “renforcement positif” augmente la probabilité que ces stratégies plus adaptées soient réutilisées. À l’inverse, lorsque la frappe survient, la conséquence doit être claire et cohérente : arrêt du jeu, redirection, réparation, sans surenchère dramatique.
Renforcement des compétences socio-émotionnelles par le jeu symbolique
Le jeu symbolique, qui émerge généralement autour de 18-24 mois et se développe fortement jusqu’à 6 ans, est un formidable terrain d’apprentissage pour la gestion des émotions et la résolution non violente des conflits. Lorsque votre enfant fait “parler” ses poupées, ses peluches ou ses figurines, il met en scène ses propres expériences intérieures. Un ours qui tape un autre, une poupée qui pleure ou un personnage qui crie “non” reflètent souvent ce qu’il vit lui-même.
Vous pouvez utiliser ces scénarios ludiques pour l’aider à explorer d’autres solutions. Par exemple, si sa peluche tape une autre peluche, vous pouvez intervenir avec une troisième marionnette : “Oh, je vois que tu es très en colère, mais ici, les mains ne tapent pas. Tu peux dire ‘je ne suis pas d’accord’ ou aller dans ton coin calme.” Ce détour par le jeu permet d’aborder le thème sans le mettre directement en cause, ce qui est souvent plus acceptable pour lui.
Les livres illustrés sur les émotions, les jeux de rôle simples (“On fait semblant que je suis le copain et tu me dis non avec ta bouche”), les petits scénarios rejouant une scène de la journée avec des figurines sont autant d’outils pour enrichir son répertoire socio-émotionnel. Plus votre enfant dispose de “scripts” internes pour gérer un conflit, moins il aura besoin de recourir systématiquement à la frappe. Vous l’aidez ainsi à développer l’empathie, le langage des émotions et la capacité à attendre son tour, toutes compétences clés pour une socialisation harmonieuse.
Quand consulter un professionnel : signaux d’alerte et ressources spécialisées
Dans la grande majorité des cas, un bébé qui tape entre 12 et 36 mois se situe dans une trajectoire de développement normale, même si cette période est éprouvante pour les parents. Toutefois, certains signaux doivent vous inciter à demander un avis professionnel. Il ne s’agit pas de dramatiser, mais de vous offrir un soutien adapté si les comportements agressifs deviennent trop fréquents, intenses ou s’accompagnent d’autres difficultés.
Vous pouvez par exemple consulter votre pédiatre, un psychologue spécialisé en petite enfance ou un psychomotricien si vous observez que : les gestes de frappe sont quotidiens et très violents, qu’ils ne diminuent pas malgré un accompagnement bienveillant, que votre enfant se blesse lui-même de manière répétée (se tape la tête, se mord fort), qu’il semble globalement très en retrait (peu de contact visuel, peu d’intérêt pour le jeu partagé) ou au contraire constamment en hyperactivité motrice. De même, si vous vous sentez dépassé, à bout de ressources, culpabilisé ou tenté d’utiliser la violence, demander de l’aide est un acte de protection pour vous et votre enfant.
Un professionnel pourra évaluer le développement global de votre enfant (langage, motricité, interactions sociales), repérer d’éventuels facteurs de vulnérabilité (troubles du neurodéveloppement, contexte familial très stressant, traumatismes récents) et vous proposer un accompagnement personnalisé. Parfois, quelques séances d’observation et de guidance parentale suffisent à apaiser la dynamique familiale. Dans d’autres situations, un suivi plus long peut être proposé, toujours dans une optique de soutien et non de jugement.
Se faire accompagner ne signifie pas que vous avez “raté” quelque chose, mais que vous prenez au sérieux le bien-être de votre enfant et le vôtre. Entre l’information fiable, l’observation attentive, la mise en place de routines sécurisantes et, si besoin, l’appui de professionnels, vous disposez de nombreux leviers pour aider votre bébé qui tape à transformer progressivement ses coups en mots, en demandes claires et en gestes plus doux. C’est un chemin, parfois sinueux, mais profondément structurant pour toute sa vie émotionnelle future.